Le poisson-lion ou rascasse volante est une espèce exotique envahissante marine très venimeuse qui constitue aussi un risque pour la biodiversité marine.
Description et Biologie
Les poissons-lions ou rascasses volantes (Pterois miles et Pterois volitans), sont des espèces de poissons très venimeux de la famille des Scorpaenidae. Morphologiquement similaires, ces deux espèces ont des aires de répartitions naturelles différentes, P. miles est originaire de la mer Rouge et de l’océan Indien. P. volitans est quant à lui, répandu dans l’océan Pacifique.
Mesurant entre 35 et 40 cm de long pour P. miles et entre 30 et 38 cm pour P. volitans, ces poissons venimeux présentent sur leurs corps une alternance de bandes verticales claires et foncées, ainsi que de nombreux appendices pointus pourvus d’une glande à venin, qui peuvent rappeler la crinière d’un lion. Toutes les épines du poisson-lion, à l’exception des épines des nageoires pectorales caudales contiennent des glandes à venin de type apocrine.
Un seul nom pour plusieurs espèces
Le nom commun « poisson-lion » englobe plusieurs espèces du genre Pterois. Longtemps considérées comme de simples variations géographiques, de récentes analyses génétiques indiquent qu’il existe deux lignées phylogénétiques : une lignée « océan Indien » représentée par P. miles et une lignée « océan Pacifique » représentée par P. lunulata et P. russelii.
Les spécimens de l’espèce exotique envahissante P. volitans seraient des hybrides issus de croisements entre la lignée « océan Indien » (P. miles) et la lignée « océan Pacifique » (P. lunulata/russelii).

Répartition et Habitat
Ces poissons sont présents principalement dans les lagons et aux pentes rocheuses, mais aussi dans les mangroves, les estuaires et les eaux troubles, les zones sableuses, les herbiers et les récifs et même sur les structures artificielles, de la surface à plus de 100 m de profondeur.
Présence en Méditerranée
Pterois miles, espèce dite lessepsienne (qui est arrivée en mer Méditerranée par le canal de Suez), est maintenant très présente le long des côtes de l’est de la Méditerranée où il a été observé pour la première fois en Israël en 1991. Les populations se sont ensuite propagées vers le nord puis l’ouest de la Méditerranée jusqu’en Grèce puis en Sicile(première observation en 2016).
Une progression qui s’accélère vers l’ouest du bassin
Depuis sa première observation en 1991, puis sa réapparition au Liban en 2012, Pterois miles n’a cessé de gagner du terrain. À Chypre, où l’espèce s’est solidement implantée, elle est aujourd’hui retrouvée sur plus de 60 % des côtes de l’île. Les études menées sur place montrent que la population méditerranéenne se développe même plus vite que dans son aire d’origine : les individus y atteignent une taille plus importante, affichent des taux de croissance supérieurs et se reproduisent toute l’année, avec un pic au moment du réchauffement estival des eaux. Ces éléments confirment une implantation durable et une dynamique de colonisation rapide, qui s’étend désormais à la Grèce, à la Crète, à la Tunisie et au sud de l’Italie (Sicile). Selon les spécialistes, l’espèce pourrait atteindre les côtes françaises de Méditerranée dans un délai estimé entre un et cinq ans, certaines projections évoquant une arrivée sur la Côte d’Azur d’ici 2028-2030.
Vers une mobilisation des acteurs français
Si Pterois miles n’a pour l’instant pas été formellement observé dans les eaux métropolitaines françaises, sa progression rapide en Méditerranée orientale et centrale appelle à une vigilance accrue. Plusieurs réseaux de surveillance des espèces non indigènes sont déjà actifs sur le pourtour méditerranéen français, notamment les réseaux Alien en région PACA, en Occitanie et en Corse, qui permettent de signaler toute observation suspecte. À l’échelle européenne, le projet RELIONMED-LIFE, lancé à Chypre en 2017, a permis de développer des outils de détection précoce et de lutte contre l’espèce, en mobilisant chercheurs, pêcheurs et plongeurs. Cette expérience pourrait servir de modèle pour préparer une réponse coordonnée sur la façade méditerranéenne française, en amont d’une éventuelle arrivée de l’espèce.

Risques Sanitaires
Leur « piqûre » est extrêmement douloureuse. Il s’agit d’une douleur, intense, lancinante et irradiante. Non traitée, l’intensité de la douleur atteint son pic dans les 60 à 90 min après la piqûre et peut persister plusieurs heures, plusieurs jours voire plusieurs semaines.
Le plus souvent, les envenimations par poisson-lion se limitent à une réaction inflammatoire localisée au niveau de la piqûre, mais elles peuvent dans de rares cas présenter des symptômes neuromusculaires et entraîner plusieurs complications allant parfois jusqu’au décès, de façon exceptionnelle.
Les principales populations touchées sont les plongeurs amateurs ou professionnels par imprudence ou méconnaissance et les pêcheurs le plus souvent blessés lors des manipulations des poissons pris dans les filets ou au moment d’extraire les « crochets » des poissons-lions capturés avant consommation ou commercialisation.
Outre les risques sanitaires, les poissons-lions constituent une grave menace pour l’environnement. Leur présence cause d’importants impacts négatifs sur les espèces indigènes(augmentation de la pression de prédation) ce qui provoque des répercussions écologiques et socio-économiques par le déclin de populations d’espèces exploitées par la pêche. Leur présence touche également directement l’économie liée au tourisme, à la fois par la dégradation de sites naturels attractifs et à cause du risque d’envenimation.
Dans les Antilles françaises, le coût de l’invasion de P. volitans est estimé à plus de 10 millions d’euros par an.
Conclusion
Au vu de des impacts socio-économiques et environnementaux importants de P. volitans dans les iles des Caraïbes, l’arrivée probable de l’espèce du même genre P. miles sur les côtes françaises de Méditerranée possiblement d’ici quelques années (2028-2030) soulève donc d’importantes préoccupations au sein de la communauté scientifique, mais également auprès des pêcheurs, des gestionnaires d’aires marines protégées et des plongeurs méditerranéens.
Pour en aller + loin :
Le projet RELIONMED-LIFE, financé par l’Union Européenne, vise à faire de Chypre, en raison de sa position géographique, la «première ligne de défense» contre l’invasion biologique du poisson-lion en Méditerranée. En plus de ses actions de surveillance et de sensibilisation, le projet RELIONMED a également pour objectif d’explorer encourager le potentiel commercial des produits du poisson-lion (restaurants de fruits de mer et bijoux).
Sources
Albins, M et Hixon, M. 2011. Worst case scenario: Potential long-term effects of invasive predatory lionfish (Pterois volitans) on Atlantic and Caribbean coral-reef communities. Environmental Biology of Fishes – ENVIRON BIOL FISH.
Binet, T. et Smidt, O. 2015. Evaluation économique de la lutte contre le poisson-lion dans les Petites Antilles françaises. Etude relative au projet Projet PoLiPA – Poisson-Lion dans les Petites Antilles : gestion, lutte, recherche et coordination. Vertigo Lab
Cerland, L. 2014. Analyse de l’incidence et des caractéristiques cliniques de l’envenimation par le poisson-lion en Martinique. Thèse n° 2014AGUY0723 présentée et soutenue publiquement à la Faculté de Médecine Hyacinthe BASTARAUD des Antilles et de la Guyane
Wilcox, C., Motomura, H., Matsunuma, M. et Bowen, B. (2017). Phylogeography of Lionfishes (Pterois) Indicate Taxonomic Over Splitting and Hybrid Origin of the Invasive Pterois volitans. The Journal of heredity
Preventing a LIONfish invasion in the MEDiterranean through early response and targeted REmoval
Le Poisson-lion, une espèce qui s’installe en méditerranée, Centre de ressources Espèces exotiques envahissantes, 2020.






