Toutes les chenilles poilues ne sont pas urticantes. En effet, en Europe on répertorie près d’une centaine d’espèces de chenilles poilues mais seulement quelques-unes sont urticantes. Chez la chenille processionnaire, la majorité des poils visibles ne présentent aucun danger, ce sont les poils invisibles qui sont urticants. 

En dehors des soies urticantes invisibles, la chenille processionnaire qui est très poilue, possède trois grands types de poils, chacun jouant un rôle bien distinct dans son adaptation et sa survie :

  • Les poils tactiles : des capteurs sensoriels

    Ces poils sont sensibles au toucher, longs et souples situés sur la tête, les flancs et le dos des chenilles. Ils sont reliés à des cellules nerveuses et servent dans la détection du mouvement.

  • Les poils thermiques : un isolant contre le froid

Ces poils sont plus courts et blancs. Ils permettent de réguler la température corporelle de la chenille, particulièrement pendant l’hiver. Les poils orange remplissent également un rôle dans cette thermorégulation, notamment en absorbant la chaleur.

  • Les poils de camouflage : dissuasion

Ces poils servent de dissuasion passive et permettent à la chenille de rebuter les prédateurs avec une impressionnante toison ou d’imiter des structures végétales. Certains poils peuvent participer à faire paraître la chenille plus grosse ou plus difficile à avaler servant ainsi de défense passive. Ils sont de couleur brune, orange ou noire. 

 

Tous ces « poils » sont, techniquement, des soies au sens large du terme entomologique. Mais seules les soies urticantes sont dangereuses et désignées ainsi de manière précise pour souligner leur rôle défensif et leur mécanisme de détachement. On les appelle « poils » dans un sens descriptif, car ils ne se détachent pas comme les soies urticantes et ne provoquent pas de réactions urticantes.

Il est important de noter que toutes les chenilles poilues ne sont pas urticantes : cela s’explique justement par cette distinction entre soies urticantes et poils. 

Chenille de la processionnaire de pin
Chenille de la processionnaire du chêne

Les poils, une évolution en lien avec les conditions environnementales ?

L’origine de la chenille processionnaire est associée à sa plante hôte (pin, chêne…). En effet, elle présente un développement larvaire rapide au printemps sur le jeune feuillage, bien que plus long pour le pin du fait de la faible qualité nutritionnelle des feuilles.

 

De plus, les chenilles processionnaires sont sensibles aux variations de température car leur développement se fait surtout en période hivernale. Grâce à leur nid constitué de couches de soie isolante, elles survivent aisément à l’hiver. D’un point de vue évolutif, les chenilles processionnaires ont pu survivre aux périodes de glaciation du Quaternaire en raison de l’existence de zones refuges (situées en Espagne et en Italie) qui furent dépourvues de glace. A partir de ces zones, elles ont pu rapidement reconquérir le bassin méditerranéen et ainsi arriver en France. Aujourd’hui, on retrouve des chenilles processionnaires du pin et du chêne dans la plupart des régions métropolitaines

En conclusion, la présence de poils n’est pas un phénomène récent chez la chenille processionnaire. En effet, si les conditions exactes de leur apparition doivent encore être documentées, elles résultent probablement d’une coévolution écologique, soit d’une adaptation à leur environnement et à leurs prédateurs. 

Article rédigé par Marine AUDONNET.

 

Merci à Jérôme Rousselet, Chargé de Recherche Unité de Recherche de Zoologie Forestière (URZF) à l’Institut National de Recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) – Centre Val de Loire pour ses conseils et relecture.

 

Sources :

Andrea Battisti, Stig Larsson, and Alain Roques (2016). Processionary Moths and Associated Urtication Risk : Global Change-Driven Effects
DOI 10.1146/annurev-ento-031616-034918

Simonato M, Battisti A, Kerdelhue´ C, Burban C, Lopez-Vaamonde C, et al. (2013). Host and Phenology Shifts in the Evolution of the Social Moth Genus Thaumetopoea. PLoS ONE 8(2): e57192
DOI 10.1371/journal.pone.0057192

https://www.osi-perception.org/La-longue-procession-de-Thaumetopoea-pityocampa.html